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Patrick Junod

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Développeur en 2026 : on code moins, on supervise plus (et je m’inquiète pour les juniors)

· 4 min · IA, Programmation

En bref

  • Selon les projets, les agents IA écrivent entre 20 % et 50 % de mon code. Le code client reste majoritairement écrit à la main ; j'explore surtout sur mes projets perso.
  • Sur ce qui est délégué, le travail passe de l'écriture à la description, la relecture et la validation, un rôle proche de celui d'un chef de projet ou d'un Product Owner.
  • Les tâches simples qui servaient à former les juniors sont celles que l'IA fait le mieux. Si on forme moins de juniors aujourd'hui, il y aura moins de seniors demain.
  • La responsabilité reste humaine : quand un site tombe en production, c'est un développeur que le client appelle.

Pas de tutoriel aujourd'hui. Ça fait quelques mois que je me pose des questions sur notre métier, et j'avais envie de les mettre par écrit.

Selon les projets, les agents IA écrivent aujourd'hui entre 20 % et 50 % de mon code. Pour mes clients, j'écris encore la plus grande partie à la main. C'est surtout sur mes projets perso que j'explore jusqu'où on peut aller.

Même à cette dose, ma façon de travailler a changé. Sur les parties que je délègue, je décris ce que je veux, l'agent écrit, je relis et je corrige.

Ce que je délègue

Dans mes projets Laravel, voici ce que je laisse le plus volontiers à l'IA :

  • le code répétitif : CRUD, formulaires, migrations, règles de validation ;

  • les tests autour d'une fonctionnalité qui existe déjà ;

  • les refactorings mécaniques, comme renommer une méthode ou remplacer une API dépréciée dans tout le projet ;

  • les recherches du type « comment on fait ça avec telle version de telle librairie ».

Il me reste tout le reste : comprendre ce que le client veut vraiment, choisir comment faire, découper le travail et vérifier que ce qui sort tient la route.

Un travail de chef de projet

Je suis Product Owner depuis 2017, et je retrouve beaucoup de ce métier quand je travaille avec un agent. J'écris une demande, je précise ce que j'attends, je relis ce qui est livré et je renvoie quand ça ne va pas. C'est ce que je fais avec une équipe de développeurs, en beaucoup plus rapide.

Du coup, les compétences utiles ne sont plus tout à fait les mêmes. Savoir expliquer clairement ce qu'on veut compte énormément, parce qu'une demande floue donne du code flou. Il faut aussi savoir découper un problème en petites étapes qu'on peut vérifier, relire vite, écrire des tests, et connaître l'architecture du projet et le métier du client. Ça, l'IA ne le devine pas.

Pour les développeurs qui ont de la bouteille, je trouve ça plutôt agréable. On passe moins de temps sur la plomberie.

Je m'inquiète pour les juniors

Ce qui me gêne, c'est que les tâches qu'on délègue aujourd'hui sont celles sur lesquelles on apprenait. J'ai commencé à 13 ans en mettant à jour des offres d'emploi sur un site tout en HTML. C'était répétitif, et c'est comme ça que j'ai appris les bases.

Aujourd'hui, je vois plusieurs risques :

  • les entreprises embauchent moins de juniors. Si un senior avec des agents abat le travail d'une petite équipe, la tentation est là ;

  • on peut livrer du code qui marche sans comprendre pourquoi il marche. Le jour où il casse, on est perdu ;

  • superviser une IA demande de l'expérience. Relire du code qu'on n'aurait pas su écrire soi-même, c'est risqué.

Si on ne forme plus de juniors maintenant, je ne vois pas d'où viendront les seniors dans dix ans.

Si vous débutez

Quelques conseils, pour ce qu'ils valent :

  • apprenez les bases : HTTP, SQL, Git, et surtout le débogage. C'est ce qui vous permettra de juger le code d'une IA ;

  • codez de temps en temps sans assistant ;

  • quand l'IA vous propose du code, demandez-lui de l'expliquer ;

  • lisez beaucoup de code, le vôtre comme celui des autres ;

  • menez des projets jusqu'à la mise en ligne. On y apprend plein de choses qu'aucun tutoriel ne couvre.

Et côté entreprises

Je pense qu'il faut continuer à engager des juniors, les mettre avec un senior et les laisser utiliser l'IA. La revue de code peut devenir un moment d'apprentissage plutôt qu'une simple validation. Ça demande un peu de temps au début, mais c'est comme ça qu'on aura des équipes solides plus tard.

Ce qui ne bouge pas

Quand un site tombe un vendredi soir, c'est toujours un humain que le client appelle. Comprendre le besoin, choisir une architecture qui tiendra plusieurs années et gagner la confiance d'un client, tout ça reste notre travail.

Pour conclure

Je ne pense pas que le métier de développeur va disparaître. On écrit moins de code nous-mêmes et on en vérifie beaucoup plus. Pour les développeurs expérimentés, je suis plutôt optimiste. Pour ceux qui arrivent, je suis plus inquiet, et je pense que c'est à nous, les plus anciens, de les aider.

Si vous avez un avis là-dessus, écrivez-moi, ça m'intéresse.

Écrit par Patrick Junod, développeur fullstack à Neuchâtel. Une question ou une remarque : contact@patrickjunod.dev